La fiche de dialogue est la fiche de l'article L. 312-17 du code de la consommation.
Quand un crédit est conclu sur le lieu de vente ou à distance, elle recueille les ressources et les charges du client et la totalité de ses prêts en cours.
Le client la signe, ou confirme son contenu par voie électronique, et certifie sur l'honneur l'exactitude des informations.
Au-delà de 3 000 € de crédit, elle est complétée par des justificatifs de domicile, de revenu et d'identité.
C'est souvent le vendeur qui remplit cette fiche avec le client.
C'est aussi ce geste qui le fait entrer dans l'obligation de formation de l'article L. 314-25.
Voici comment la remplir correctement, sans gêner le client et sans erreur.
À quoi sert la fiche de dialogue ?
Elle sert à éclairer l'évaluation de la solvabilité du client.
L'article L. 312-17 le dit en toutes lettres : la fiche « contribue à l'évaluation de sa solvabilité par le prêteur ».
La décision d'accorder le crédit appartient au prêteur.
L'article L. 312-16 lui impose une « évaluation minutieuse de la solvabilité de l'emprunteur » avant de conclure.
Le vendeur, lui, recueille des informations exactes et complètes.
Une fiche mal remplie fausse toute la suite.
Quand faut-il remplir une fiche de dialogue ?
L'article L. 312-17 vise les opérations de crédit « conclues sur le lieu de vente ou au moyen d'une technique de communication à distance ».
Elle est distincte de la fiche d'informations précontractuelles de l'article L. 312-12, qui présente le crédit au client.
La fiche de dialogue, elle, présente le client au prêteur.
Elle n'est pas due pour les crédits du régime allégé de l'article L. 312-4-1 :
- les crédits de trois mois au plus, sans intérêts ni frais, ou avec des frais négligeables ;
- les crédits dont le montant total est inférieur à 200 €.
Pour un 10 fois, un crédit affecté, un crédit renouvelable ou une location avec option d'achat, elle est due.
Que contient la fiche ?
Le deuxième alinéa de l'article L. 312-17 la décrit.
Établie sur papier ou sur un autre support durable, elle comporte « notamment les éléments relatifs aux ressources et charges de l'emprunteur ainsi que, le cas échéant, à la totalité des prêts en cours contractés par ce dernier ».
Le mot « totalité » est issu de la réforme : l'article 20 de l'ordonnance n° 2025-880 l'a ajouté.
Tous les prêts en cours comptent, pas seulement les principaux.
En pratique, la fiche recueille :
- les ressources : salaires, pensions, autres revenus réguliers ;
- les charges : loyer, pensions versées, autres charges fixes ;
- les crédits en cours : tous, y compris les petits crédits et les paiements fractionnés en cours.
Le formulaire exact est celui de votre partenaire financier.
Faut-il des justificatifs ?
Oui, au-delà d'un seuil.
Le dernier alinéa de l'article L. 312-17 prévoit que, si le montant du crédit accordé dépasse un seuil défini par décret, la fiche est corroborée par des pièces ou documents justificatifs.
L'article D. 312-7 fixe ce seuil à 3 000 €.
L'article D. 312-8, dans sa version du 20 novembre 2026, en donne la liste :
- toutes données ou tout document justifiant du domicile de l'emprunteur ;
- toutes données ou tout document justifiant de son revenu ;
- toutes données ou tout document justifiant de son identité.
Ces justificatifs « doivent être à jour au moment de l'établissement de la fiche ».
Un avis d'imposition ancien ou une facture de plus d'un an ne remplit pas cette condition.
Demandez des pièces récentes.
Que ne faut-il pas demander ?
L'article L. 312-16 pose deux limites utiles au comptoir.
Les informations recueillies pour évaluer la solvabilité ne comprennent pas « les catégories particulières de données visées au I de l'article 6 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 ». Ce sont les données sensibles de la loi Informatique et libertés.
Et « les réseaux sociaux ne sont pas considérés comme une source externe pertinente ».
Restez sur l'argent : ce que le client gagne, ce qu'il dépense, ce qu'il rembourse déjà.
Comment mener l'échange avec le client ?
L'article L. 312-14 demande que, sur un lieu de vente, les explications soient données « dans des conditions garantissant la confidentialité des échanges ».
Quelques réflexes simples :
- Isolez-vous. Un bureau, un coin de comptoir à l'écart, jamais devant la file d'attente.
- Annoncez le but. « Ces questions servent au prêteur pour vérifier que le crédit est supportable pour vous. »
- Faites dire, ne devinez pas. Le client donne ses chiffres. Vous ne les arrondissez pas.
- Demandez tous les crédits. « Avez-vous d'autres crédits en cours, même un paiement en plusieurs fois ? »
- Relisez ensemble. Avant la signature, relisez chaque ligne à voix haute.
- Expliquez la déclaration sur l'honneur. Le client certifie l'exactitude des informations : il doit savoir ce qu'il signe.
Que faire si les chiffres montrent un risque ?
La fiche de dialogue n'est pas qu'un formulaire.
Elle prépare un moment clé de la formation des vendeurs.
L'article D. 314-27, 3°, d, vise « les explications ou avertissements qui peuvent être adressés à l'emprunteur en amont de l'analyse de sa solvabilité par le prêteur, en fonction des informations réunies sur le lieu de vente sur ses revenus et charges ».
But affiché par le texte : permettre au client « de s'orienter vers un achat et une demande de financement adaptés à ses besoins, à ses préférences et à sa situation ».
Concrètement, le vendeur peut proposer :
- une durée plus longue pour une mensualité plus basse, en expliquant que le coût total augmente ;
- un apport comptant plus important ;
- un modèle moins cher ;
- de reporter l'achat.
L'article L. 312-15-4, créé par la réforme, va dans le même sens : le prêteur ou l'intermédiaire doit mettre en garde le client lorsque le crédit « peut induire des risques spécifiques pour lui ».
Les signes à repérer sont dans notre article repérer un client en difficulté.
Quelles erreurs éviter ?
Les plus fréquentes, et les plus graves :
- remplir la fiche seul, à la place du client ;
- oublier un crédit en cours parce que le client « ne s'en souvient plus » ;
- faire signer une fiche incomplète « à compléter plus tard » ;
- accepter des justificatifs périmés au-delà de 3 000 € ;
- poser les questions en public, devant d'autres clients.
La fiche est conservée par le prêteur « pendant toute la durée du prêt ». Elle peut ressortir des mois plus tard, en cas d'impayé ou de litige.
